Petite soeur
par childar, le 11 Mars 2008 à 13:30 (modifié le 10/04/2008 à 23:03)
Dans ma courte vie, j’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un que je peux appeler « sœur de cœur ».
J’étais bien plus jeune à l’époque. J’étais dans une des institutions dans lesquelles tous ceux qui en ont la chance vont. Je parle de tous ceux qui vivent dans des pays que l’on appelle développés. Ceux pour qui l’instruction est quelque chose de normal.
Un jour, une camarade est venue me voir pour me parler d’une nouvelle arrivée avec qui, d’après elle, j’avais beaucoup de points communs. Cela m’avait intrigué, car à ce moment là, je ne me sentais pas à ma place au milieu de ces gens qui m’étaient si différents. J’ai donc voulu la rencontrer. Cette même camarade profita d’un trajet vers le point de ravitaillement commun pour me la présenter. Elle était si jolie. Son visage aux traits fins, son sourire timide et ses yeux un peu perdus m’avaient tout de suite plus. Elle était comme moi, une étrangère.
Notre première discussion était pleine de banalité, comme cela se fait toujours. Mais nous avions tout de même mis en avant nos passions qui se rejoignaient. Nous ne nous sommes pas tout de suite rapprochées, car nous n’étions pas dans le même groupe. Nous avions pourtant le même âge, mais certains passages de la vie peuvent faire chuter. Ça n’est que bien plus tard, après de multiples rencontres, que nous avons commencé à mieux nous découvrir.
Hélas, je le regrette aujourd’hui, nous ne sommes pas allées plus loin pendant cette période.
Nous avions tout de même créé un lien particulier entre nous que nous avons réussi à faire évoluer à travers le temps. Elle était mon inspiration, et moi la sienne. Nous étions toutes les deux passionnées par le monde des histoires venues de l’autre côté de la planète.
Un jour, comme le veut le déroulement des choses, j’ai dû quitter cette institution pour en rejoindre une autre dans le but de poursuivre mon instruction. J’étais loin, elle me manquait. Je n’osais lui faire par de mes sentiments, de peur de la non-réciprocité. Encore un coup de mon manque de confiance en moi. Mais pour mon plus grand bonheur, c’est elle qui fit le premier pas. Elle me contacta au travers du papier, me disant qu’elle aimerait beaucoup que la distance ne nous empêche pas de poursuivre ce que nous avions commencé. J’étais tellement heureuse ! Je lui ai tout de suite répondu. Depuis ce jour là, nous avons entretenu ses échanges. C’était un rayon de soleil dans les sombres couloirs de l’endroit où j’étais. Je trépignais d’impatience entre chaque message d’elle, je me précipitais pour y répondre. C’est à partir de là qu’une réelle amitié est née entre nous.
Un an après mon départ, elle est venue me rejoindre. Nous étions à nouveau réunies, mais notre amitié était encore plus forte que lors de notre séparation. Nous traquions le moindre moment pour nous retrouver. C’était presque fusionnel. Nous partagions même nos créations. J’étais heureuse en ce temps là. Nos esprits parvenaient parfois à ne faire plus qu’un, même à distance. Nous nous aidions mutuellement à avancer, à ne pas faiblir, à persévérer. C’est à cette époque que je réussissais le mieux ce que j’entreprenais. Elle était ma muse, mon soutien, mon amie, ma sœur… D’un simple regard, nous devinions nos pensées, nos envies, nous partagions nos peines, nos joies, nos rires, et tant d’autres choses.
Mais le temps, une nouvelle fois, allait faire en sorte de nous éloigner. Une distance physique bien plus grande que la fois précédente. J’avais peur ! Voulant la protéger d’une trop grande peine, j’ai mal agi. J’ai changé de comportement envers elle, je suis devenue plus froide, moins présente, distante, je l’évitais même parfois. Je voulais nous faire descendre suffisamment pour que la chute soit moins violente. Quelle stupidité ! Tout ce que j’ai réussi à faire, c’est la faire pleurer. Qu’y a-t-il de pire que de voir des larmes couler dans les yeux de sa meilleure amie dont nous sommes responsables ? Elle me disait qu’elle avait peur que celle qu’elle avait connue et aimée soit effacée par celle que je lui montrais. Quand j’y pense aujourd’hui, j’en ai encore des frissons. Jamais, au grand jamais n’essayez de jouer un rôle pour « protéger » une personne si proche de vous. Vous n’arriverez qu’à lui faire de la peine, voir même à l’éloigner définitivement de vous. Si cette personne est quelqu’un de si cher à votre cœur, c’est qu’elle vous connaît bien, et qu’elle peut entendre la vérité. La vérité… c’est une chose que j’ai du mal à admettre, à dire, à supporter… Heureusement, j’ai réussi à tout lui dire, dans les larmes, mais aussi dans le soulagement.
Je suis donc partie… une fois de plus… Ma vie prenait un autre tournant, plus fort et difficile. Mais malgré la distance, je savais qu’elle était avec moi, et moi avec elle. Ce que je regrette, c’est qu’un amour illusoire me l’a faite mettre à l’écart. Je ne savais pas encore que je commençais à sombrer dans la période la plus noire de ma vie. Et comme toujours, pour la « protéger », je lui ai caché mon mal être, mes peurs, mes angoisses et ma solitude. Je ne voulais pas qu’elle me voie comme ça… Voir une telle lumière dans les yeux de quelqu’un lorsqu’il vous regarde vous pousse à vouloir l’entretenir, et par conséquent, à cacher la part de vous qui pourrait la ternir.
Deux ans après, elle quitta son institution, pour en rejoindre une autre, dans la même ville que la mienne. J’étais tellement heureuse ! Je pouvais la voir plus souvent, lui parler, la toucher. Mais à nouveau j’ai fait une erreur. Une de plus… une de trop… Les évènements ont fait que nous avons partagé le même toit. Nous n’étions pas que toutes les deux, mais parfois, dans mon esprit, le troisième n’existait pas. Ayant découvert et dompté cette nouvelle vie qu’elle entreprenait bien avant elle, je me suis sentie comme son professeur, son protecteur, son parent… Mon comportement a changé, malgré moi cette fois-ci. Je suis devenue autoritaire, envahissante, supérieure. J’angoissais à chacune de ses sorties nocturnes, je veillais sur tout ce qu’elle faisait. J’ai adopté un rôle pour elle qu’elle ne voulait pas que je prenne. Je n’étais plus son amie, mais plus une grande sœur, voir une tutrice. Personne ne peut admettre qu’une personne du même âge que soi se comporte de la sorte avec nous… et c’est ce qui est arrivé. Nous avons fini par ne plus réussir à communiquer autrement que par des disputes insensées, stupides et parfois destructrices. J’étais devenue un monstre. Et plus je sentais qu’elle s’éloignait de moi, plus j’avais de la peine, et plus je devenais méchante. C’est l’un de mes plus gros défauts… je change la tristesse en colère pour ne pas flancher, mais ce sont mes proches qui en payent le prix.
Elle a finit par ne plus supporter notre situation. Elle est partie. Sans rien dire. Avec tant de colère en elle dont j’étais seule responsable. J’ai gâché la chose la plus belle qui m’était arrivée, et perdu la personne qui comptait le plus à mes yeux. Mon cœur saigne encore à l’écriture de ces quelques mots. Je m’en veux tellement ! Je n’aurais pas dû la laisser partir sans lui dire tout ce que je ressentais.Depuis ce jour, elle a quitté ma vie, et m’a effacée de la sienne, mais moi je ne pourrais jamais l’effacer. Cette séparation a laissé une plaie ouverte sur mon cœur, qui ne se refermera sans doute jamais. J’ai plusieurs fois essayé de reprendre le contact, mais elle ne m’a jamais répondu. Je ne peux en vouloir qu’à moi-même. J’ai tout gâché… J’espère qu’un jour j’arriverai à percer ce mur qu’elle a construit entre nous, pour enfin lui dire à quel point je m’en veux, à quel point elle me manque. Même si c’est pour l’entendre me dire qu’elle me déteste et qu’elle ne veut plus jamais me voir, au moins je saurais qu’elle n’a pas de peine. Je cesserai de croire la voir dans la rue, de sursauter quand j’entends son prénom, quand j’entends une voix qui ressemble à la sienne…
Ma sœur, tu es entrée dans mon cœur pour ne plus jamais en sortir… Tu me manques…
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Tags : etais, moi, dire, vie, soeur
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