Dans le noir
par childar, le 8 Octobre 2008 à 11:28
Que m’arrive-t-il ce matin ? Mes paupières sont pourtant ouvertes, mais je ne vois rien. Le soleil s’est levé, mais il ne fait que brûler ma peau. Je suis allongée, je ne sais pas pourquoi. Je dois me lever, mais en ai-je vraiment envie ? Mon corps est engourdi, mon estomac me fait souffrir, ma respiration ne trouve plus son rythme, mes yeux sont enflés, ils me brûlent. Que s’est-il passé hier soir ? Que s’est-il passé avant cela ? Je ne sais plus. J’ai l’impression que mon passé proche n’est qu’une succession d’actes sans but. Il faut que je me lève ! Mon oreiller est humide, mes mains sont crispées. Un élan miraculeux me permet de sortir de mon lit. Il n’y a personne ici.
À côté de moi, des petites plaquettes brillantes m’interpellent. D’un naturel déconcertant, j’en prélève une partie de chacune et l’ingère. Ce geste semble être un réconfort… Pourquoi ?
Mes premiers pas sont lourds et sans conviction. Je me dirige vers la salle de restauration. Il y a beaucoup d’aliments devant moi, mais aucun n’a de goût. J’ai mal à l’estomac… Je me détourne de ces victuailles. Sur une petite table, une petite boîte de carton. J’en extrais un tube que j’allume. Un souffle chaud me traverse, je respire mieux. Que vais-je faire aujourd’hui ? Il n’y a toujours personne…
J’entends du bruit dans le coin de la pièce. Enfin une apparition. Une petite boule de poil familière se dirige vers moi en poussant des petits cris. Elle me reconnaît. Elle a l’air contente de me voir. Ma main glisse doucement sur son dos qui s’arrondi, puis vient gratter sa tête. La petite boule émet un ronronnement. Un sourire timide se forme sur mon visage. Je sais ce qu’elle attend de moi, alors je m’exécute. Je remplis son écuelle dont le contenu a diminué pendant la nuit. La petite boule de poil semble ravie, et se lance dans la dégustation de son met.
Que faire à présent ? Mon petit tube de plantes et de papier est parti en fumée. Je dois soulager ma gorge. Je me sers un breuvage fruité. Mon regard cherche quelque chose, mais quoi ? Il n’y a personne. J’ai oublié ma douleur à l’estomac.
Le temps semble figé. Je rejoins l’amas de coussins qui prône au milieu de la pièce. J’allume un autre tube. Je n’ai pas sommeil, je ne sais plus ce qu’est la faim, je n’ai envie de rien. Je regarde par la fenêtre, tout est calme, il n’y a que ce fichu soleil qui me brûle la cornée. Je ferme les yeux un instant pour me plonger dans mes pensées et trouver le but de cette journée. Un sursaut m’oblige à les ouvrir à nouveau. Je tremble de peur, comme si j’avais croisé le regard du diable. La porte de mon esprit est fermée et je ne veux pas l’ouvrir. J’entends des cris derrière cette porte. Ils sont étouffés mais bien présents. C’est la voix d’une enfant. Elle pleure. Pourquoi ai-je si peur d’une enfant ? Pourquoi l’ai-je enfermée ainsi ?
Je sors de mon amas de coussins pour me diriger vers un miroir. « Qui es-tu, toi qui m’observe ainsi ? Tes yeux sont comme ceux d’un curieux face à une bête de foire. Ils sont remplis d’étonnement, de pitié et de dégoût. » Est-ce ainsi que je me vois ? Je me plonge un peu plus dedans… ma gorge se serre, mes mains se crispent, mes larmes coulent. Je prends de l’eau froide et la jète sur mon visage. « Calme-toi… »
Les fragments de plaquettes argentées commencent à agir. Mon esprit se trouble, mes sens sont altérés, mon corps se détend. J’ai perdu la notion du temps. Mes réflexions sont entrecoupées d’absences mais peu m’importe, je me sens bien. Je n’ai envie de rien.
Sur la table près de moi, je trouve un carnet. Ses pages sont recouvertes de textes, de dessins, de griffonnages… Je prends un crayon dans le but de poursuivre sont remplissage, mais pour cela… il me faut à nouveau m’approcher de cette porte. Je ferme les yeux et retourne au fond de moi. Il fait sombre, froid, je ne m’y sens pas bien. Encore ces cris derrière cette maudite porte. Je dois trouver la force de l’ouvrir cette fois ! Elle est verrouillée, mais je sais que j’en possède la clé. Mes mains tremblent à l’approche de la serrure. Je sens l’angoisse monter en moi. De quoi ai-je si peur ?J’ouvre les yeux un instant, pour prendre un tube de papier, encore un, comme si celui-ci parvenait à m’apporter la paix.
Mes tremblements se sont atténués. J’entrouvre la porte pour y jeter un regard. Il fait si sombre. J’aperçois enfin l’enfant. C’est une petite fille. Elle est recroquevillée et gémit la tête entre les genoux. Autour d’elle il n’y a rien. La porte ne dissimulait pas une pièce mais bien plus. La petite fille n’est entourée que par le néant, sans fond, sans limite. Comment ai-je pu la laisser ici ? Suis-je un monstre ? Je m’approche doucement pour ne pas l’effrayer. Ma main se pose sur son épaule pour la consoler. La petite fille cesse de gémir. Elle lève les yeux vers moi, laissant son visage apparaître…Encore un sursaut, plus violent celui-ci. C’était moi ! Cet autre moi que j’étais autrefois. Je me suis enfermée dans mon propre esprit. Je ne supporte pas mes cris, c’est pour cela que je me suis condamnée. L’inspiration me vient. Ma main se meut et recouvre des pages entières de questions, de réflexions, d’autoportraits au visage déformé par la peine et la douleur.
Je suis fatiguée. Je laisse de côté mon carnet et retourne sur les coussins. J’attrape un petit boîtier couvert de bouton et mets en marche ma fenêtre sur le monde artificiel. Je n’y trouve que des choses sans intérêt, mais je les regarde tout de même car c’est tout ce que j’ai la force de faire. Le temps poursuit sa course sans que je m’en aperçoive. Il fait nuit à présent. Le soleil a cessé de m’éblouir. J’ai vidé ma boîte en carton pour remplir une petite soucoupe de cendres.
Ma conscience me dicte qu’il faut que je m’alimente et je m’exécute, sans conviction. Rien de ce que j’ingère n’a de goût. Quelle triste obligation… Je retourne dans la salle du miroir. Je me plonge dans un torrent d’eau chaude et de savon. Mes larmes coulent à nouveau sans que je puisse luter. Je suis soulagée que celles-ci soient emportées par l’eau qui ruisselle sur mon visage.
Je ne suis qu’un zombi. J’erre sans but chaque jour. Je n’ai pour moi que la quête de pouvoir regarder en face cette petite fille sans faiblir. Comment pourrais-je en trouver la force en étant plongée dans cet état second produit par les fragments de plaquettes d’argent ?
La journée est terminée. Elle ressemble à toutes les autres. Je retourne dans mon lit. Il me semble l’avoir quitté il n’y a qu’un instant. Je sais que Morphée m’attends, mais je ne parviens pas à le rejoindre. La petite boule de poil vient se blottir contre moi. Elle ne peut comprendre mon tourment. La notion de tourment elle-même lui est inconnue.
Je ne veux pas dormir ! Après tout, cela revient à terminer cette journée pour en démarrer une autre toute aussi vide. J’ai peur de demain, mais aujourd’hui ne vaut pas la peine de s’y attarder.Ainsi, après une longue et pénible lutte, je sombre.
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Tags : moi, petite, sans, porte, yeux
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