Le point de non retour
par childar, le 7 Avril 2008 à 15:39 (modifié le 18/05/2008 à 13:53)
Le lendemain, la tension avait diminué, mais restait présente. Je savais que le cerf voulait communiquer avec moi mais je lui en voulais. J’ai finalement voulu faire un effort en lui proposant innocemment de m’accompagner là où je devais me rendre… encore une fois, mon élan fut coupé. Le loup argenté ! Encore ! J’étais à la fois surprise et heureuse. Je désirais inconsciemment qu’il me contacte à nouveau. Mais je devais masquer ma joie, car le cerf était devant moi. Je ne lui avais pas parlé du loup argenté, car je ne voulais pas lui faire part des sentiments que j’avais éprouvé face à lui.Cette fois-ci, le loup voulait me revoir, à l’instant, il ne pouvait attendre mon retour à la tour de verre. Ses mots résonnent encore dans ma tête. C’est comme s’il avait lu dans mes pensées. Il désirait ce que je désirais… nous revoir… Mais quel dilemme. Mon corps tout entier ne souhaitait que répondre à l’appel du loup, mais ma conscience savait que le cerf avait besoin de réconfort, et qu’il l’attendait de moi. La colère a tranché, je suis partie…Depuis que ma décision fut prise, mon cœur devenait de plus en plus léger. Sur le chemin du transporteur souterrain, je souriais comme une enfant qui va à la fête foraine, mon cœur battait de plus en vite, de plus en plus fort. Un pas après l’autre, j’atteignais enfin l’entrée du tunnel. J’ai descendu les marches deux par deux en bondissant. Puis, arrivée tout en bas, j’ai attendu le transporteur. Cet instant de pause a laissé une brèche pour mes pensées. « Mais que fais-je ? Est-ce bien raisonnable ? Que va-t-il se passer ? Que vais-je dire ? Que vais-je faire ? » Je jonglais entre la joie de le revoir, et la peur de cette nouvelle confrontation.
Je suis montée dans le transporteur. Le trajet fut court, et je n’arrivais toujours pas à me calmer. J’avançais à présent vers la sortie du tunnel. Mon pas était moins rapide, moins sûr. Cet escalier semblait ne pas en finir. Un pas, un autre, je suis arrivée. Je sautais tout de suite sur mon vice comme pour me rassurer, avant même de regarder autour de moi s’il était là. Je n’arrivais pas à lever les yeux. « Respire ! » Quelques bouffées… et enfin, je relève la tête.
Il était là ! Mon cœur semblait vouloir sortir de ma poitrine. Mon regard était figé, mon corps tremblait. Heureusement, les quelques pas qui nous séparaient m’ont permise de reformer mon masque. Pas d’effusions. Il n’en fallait pas. Nous nous sommes simplement souri. Ce sourire avait tant de signification… Nous avons échangé quelques mots innocents et avons pris la route.
Encore ce transporteur. Tous ces gens autour de nous que je ne voyais même plus. Je fuyais le regard du loup argenté. Je savais qu’il avait le pouvoir de lire au travers du mien, et je ne voulais pas qu’il y parvienne. J’étais tellement bien. Je ne voulais être nulle part ailleurs. Son sourire était si doux. Je parlais sans trop savoir ce que je disais. Ça n’était que des paroles en l’air, des futilités bonnes à combler un blanc. Le transporteur s’est arrêté. Nous avons dû en descendre.
Notre chemin n’était pas terminé, alors nous l’avons poursuivit à pied. La chance me sourit. Une autre personne est venue nous parler, pour combler le vide tout simplement. Nous avons partagé ce bout de chemin ensemble. Je me suis accroché à cette personne comme une bouée de sauvetage. Je fuyais le loup. J’avais tellement peur. Je parlais avec cette personne sans laisser le temps au loup de lui répondre. Je devais à tout prix garder le contrôle. Sans savoir pourquoi, j’ai agi avec le loup comme si nous étions un couple. Quel amusant jeu de rôle. Il me suivit dans celui-ci. Un peu plus loin, nous avons retrouvé un autre tunnel. Je devais lâcher ma bouée de sauvetage éphémère. Nous avons fini par reprendre le transporteur jusqu’à l’arrivée.
Nous sommes allés dans le cœur de la cité des hommes. Ce cœur plein de bruits, de lumières, d’animation, de gens. Nous avons rejoint un endroit qu’il connaissait. Je ne faisais que le suivre, et je l’aurais fait encore et encore. Nous avons parlé, longtemps. J’aurais voulu que cela dure bien plus. Nous sommes allés dans les endroits que nous devions l’un autre. Le premier était le sien. Il me parlait comme si nous étions amis de longue date. Il me demandait des conseils sur des choses qui ne me concernaient pas, sans doute pour attirer mon attention. Je chancelais entre l’envie de me rapprocher de lui et de fuir à toute vitesse. Nous sommes entrés dans un jeu du chat et de la souris palpitant. Le chat devenait parfois souris, et vis et versa. Un instant, une brèche s’est ouverte. Il essaya de m’attirer loin des regards. Je ne l’ai pas suivi. Ma peur créa une telle boule dans mon estomac que je n’en avais pas la force. Nous avons alors continué notre jeu, jonglant avec les moments propices. Je fuyais, encore et encore. Puis enfin…
En sortant du dernier lieu où nous devions aller, le loup argenté a pris les choses en main, un peu plus. Il m’a entraînée dans un endroit plus isolé. Je m’envolais déjà. Il mit des mots sur ses pensées, sur ce qu’il voulait, là, maintenant. Mais il lui en manquait le courage. Il voulait que ce soit moi qui vienne vers lui. Mais… ce courage n’était pas mien non plus… Nous sommes restés ainsi, face à face, attendant que l’autre agisse… Ces quelques instants furent terriblement longs. Je ne pouvais plus reculer. Nous voulions la même chose. J’avais peur, si peur… Une pulsion salvatrice vint mettre fin à notre doux calvaire.
Quelle chaleur, quelle douceur, quel bonheur ! Nous ne faisions plus qu’un. Je savais à présent que nous avions dépassé le point de non retour… Je pouvais le sentir contre moi. Il n’était plus cet être onirique que je ne pouvais atteindre. C’était si merveilleux. J’oubliais tous mes doutes, toutes mes peurs, tout ! Bien entendu, cette étreinte était empreinte de culpabilité. Cette ombre, toujours cette ombre ! Même si celle-ci disparaissait de mon esprit par moment, elle était toujours là. Pourquoi tant de bonheur en moi ? Ma raison se serait-elle perdue dans ses bras ?
Le temps était passé si vite, trop vite. Nous devions nous séparer. Quelle déchirure après tant d’extase ! J’avais tant de peine. Sur le chemin du retour, malgré cet acte, je n’arrivais toujours pas à le regarder dans les yeux. Comment un être aussi magnifique avait-il pu vouloir tant de moi ? Comment avait-il pu me vouloir moi ? Nos routes se sont séparées mais je savais au fond de moi qu’à partir de ce jour, un lien s’était créé entre le loup argenté et moi, et que je le reverrai.
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Tags : moi, loup, avons, transporteur, autre
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