Amour & Haine
par childar, le 31 Mars 2008 à 14:27 (modifié le 10/04/2008 à 23:07)
Quelques années auparavant, j’ai vécu une relation terrifiante. Elle l’était par sa beauté et sa noirceur.J’étais un peu plus jeune à l’époque, et j’étais en pleine découverte d’un nouveau monde. Je tâtonnais pas mal, et certains jours étaient très difficiles. Heureusement, dans ce lieu de labeur, j’ai rencontré une âme accueillante. Elle était à la fois trublion, amusante, amicale, tendre, réconfortante…Je ne suis pas tombée sous le charme tout de suite, car mon cœur était déjà pris. Mais le temps faisant et l’érosion trop rapide de ce lien qui me liait à l’autre ont fait que je n’ai pas pu résister.J’étais bien avec elle. Elle me réchauffait le cœur, me réconfortait, me faisait vibrer, me faisait rire et… m’aimait. Cet amour était plus que partagé, peut-être un peu trop.
Lorsque les sentiments entre deux êtres sont trop forts, trop passionnels, ils frôlent parfois la haine…Nous nous étions fabriqué une sorte de bulle de bonheur si jolie. A chacune de nos retrouvailles, nous planions encore plus haut. Mais le problème avec les bulles, c’est qu’un rien peut les faire disparaître…
Au fur et à mesure que le temps passait, je découvrais le paradoxe de cette âme. J’apprenais à mieux la connaître. Et parfois, malgré moi, je découvrais certains de ces secrets.
Cette âme était double. Derrière sa facette de joie, de douceur et de tendresse se cachait une noirceur et une violence que je n’aurais pu soupçonner.
Un soir d’hiver, l’enchaînement des évènements a fait ressortir son côté le plus sombre. J’ai appris ce qu’était la peur.
Tout avait bien commencé, je faisais tout mon possible pour le contenter et m’intégrer à son univers. Nous riions, nous mangions, buvions. J’avais réussi à créer une certaine aise. Mais cette âme, ce double, était ailleurs. Je n’ai pas vu tout de suite ce qui était en train de se produire. J’étais trop concentrée sur ma résolution.
Puis, vint le moment où nous nous sommes isolés. Le double avait prétexté l’assouvissement de notre vice pour m’éloigner de la foule. Il avait cédé à ces substances qui modifient la conception des choses. Il n’était plus le même…
Je ne savais pas pourquoi, mais j’avais envie de fuir, mais je ne le pouvais pas. Il faisait froid, si froid et sombre. Cet environnement hostile nous enveloppait. Je tremblais de froid, mais aussi de peur. Ses yeux n’avaient jamais été aussi noirs.
Le double me parlait avec un ton accusateur que je ne comprenais pas. Qu’avais-je fait de mal ? Moi qui avais tout fait pour m’intégrer à son univers.
Tout son corps vibrait et ses mains se crispaient.
Il eut un éclair de pitié, me voyant frissonner de plus en plus. Il me proposa son par-dessus, mais je ne pouvais l’accepter, car lui n’en aurait plus. Alors, son regard noircit à nouveau, et le double m’obligea à me résigner. Il eut un geste si brusque qu’il me blessa physiquement. Je ne dis rien, car je ne voulais pas entretenir sa tension.
Nous devions nous rendre dans un autre endroit, plus peuplé. Nous nous sommes donc mis en route. Nous avons traversé des passages tortueux, humides, et toujours aussi sombres et froids. A un moment, il me demanda de faire une chose qui pour moi était totalement illogique, alors je refusais gentiment en lui expliquant. Il insista. Comme je ne suis pas du genre à me laisser faire lorsque l’on me demande une chose qui n’a pas de sens, je commençais à lui montrer mon impatience. Je ne l’ai jamais autant regretté… Il m’attrapa par le bras et me poussa violemment à faire comme il l’entendait. La terreur surgit en moi.
Je tremblais de plus en plus, je voulais fuir loin, très loin, mais je ne le pouvais car je n’avais aucun moyen de me rendre dans un refuge. J’étais loin de chez moi, je n’avais pas de moyen de transport et je ne pouvais compter sur personne aux alentours. « Mon dieu ! Mais qui est-il ? Aidez-moi ! J’ai tellement peur ! »
Je ne devais pas lui montrer ma terreur. Je devais rester calme. Il me fallait l’arrêter. Mais comment ? Ses yeux m’étaient fermés, son corps était figé, ses mains me voulaient du mal.
Je n’en pouvais plus, la surdose d’adrénaline me coupa les jambes. Je me retrouvais à terre, devant lui, comme vaincue. Des larmes se mirent à couler le long de mes joues, sans que je ne contrôle quoi que ce soit. J’avais du mal à respirer, mon cœur battait à tout rompre.
Mais je n’eus pas le temps de me reprendre que le double me saisit par les épaules et me releva de force. Il plongea son regard noir dans le mien. Le temps s’arrêta. Je sentais une pression qui me coupait la respiration. « Mais que se passe-t-il ? J’étouffe ! Je ne peux plus bouger ! AU SECOURS ! QUE QUELQU’UN ME VIENNE EN AIDE ! » Le double était à l’origine de cette pression destructrice. Ses mains avaient glissé le long de mes épaules pour venir me saisir la gorge et la serrer. Je vis alors dans ses yeux qu’il en voulait à ma vie. Je n’arrivais pourtant pas à me débattre. J’étais tétanisée. Mon corps ne me répondait plus. J’ai vu la mort s’approcher, elle était là, derrière lui. « J’ai mal ! Aidez-moi ! »
Un miracle se produit. Un bruit de moteur se rapprocha de nous. Ses mains libérèrent ma gorge. La noirceur de ses yeux s’estompa. Il partit rejoindre ceux qui malgré eux m’avaient sauvée, en me laissant au sol. Je ne pris même pas la peine de reprendre mon souffle, mes jambes se remplirent d’une force que je soupçonnais pas, et je me mis à courir… mais pour aller où ?
Je cherchais l’endroit le plus reculé, le plus sombre, celui où personne ne pourrait me retrouver tant que la nuit m’envelopperait. Je le trouvai enfin… auprès du cimetière…
Mes larmes ne s’étaient pas arrêtées. Je ne parvenais pas à retrouver mon souffle. Je sentais encore ses mains sur ma gorge. Je voulais que tout s’arrête. Comment cet être que j’aimais à la folie pouvait me vouloir tant de mal ?
L’adrénaline retomba, je me sentais comme fondre. Toutes mes forces m’abandonnèrent, même celle de mon esprit. Je me changeais peu à peu en une coquille vide. Je voulais que tout s’arrête… mourir…
Je ne sais pas combien de temps s’est écoulé lors de cette perte de conscience. Je sais juste que mon corps s’est mis à agir tout seul. Je me relevai et partis retrouver le monde. Je ne pouvais mourir ici, maintenant…
Depuis ce jour, je vis avec le souvenir de cette peur. Je ne peux plus laisser approcher les âmes agressives. La colère monte en moi chaque fois que je vois un être céder aux substances qui modifient la conception des choses.J’ai changé… encore une fois, je suis morte pour renaître différente.
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Tags : double, pouvais, mal, etais, moi
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